Après un peu plus d’un an de travail, la MRC du Val-Saint-François a fait connaître son Guide d’intégration des énergies renouvelables. Qui encadrera désormais tous les projets d’envergure qui se feront sur son territoire. Cette MRC serait parmi les premières, au Québec, à se doter d’un tel outil.
Martin Tremblay, directeur général de la MRC, expose que la publication de ce guide devenait nécessaire. Dans un contexte où Hydro-Québec multiplie les projets d’énergies renouvelables un peu partout dans la province.
«Ce guide nous servira d’outil d’évaluation, de planification et de prise de décision. Si des promoteurs veulent intégrer un projet d’énergie renouvelable dans la MRC du Val-Saint-François, ils en connaîtront maintenant les conditions.»
Plusieurs élus de la région et membres du personnel ont planché sur ce dossier ces derniers mois. La MRC a aussi fait appel à de l’expertise externe pour l’épauler, entre autres de l’Union des municipalités du Québec (UMQ).

Importance de l’acceptabilité sociale
Le directeur général fait savoir que ce document tient compte des résultats des séances de consultations citoyennes et de sondages réalisés l’an dernier.
«Le but de l’exercice, c’est d’avoir des projets qui auront une acceptabilité sociale et qui s’harmonisent avec le milieu. En tenant compte des préoccupations des citoyens. On voulait éviter qu’un promoteur présente un projet et qu’on soit devant un fait accompli, en n’ayant aucune balise.»

Martin Tremblay se dit tout à fait conscient qu’une partie de la population du Val est préoccupée par d’éventuels projets éoliens. «Advenant qu’il y aurait un projet éolien, on demandera des suivis rigoureux, des mécanismes bien appliqués et de la transparence au niveau des communications. On va s’asseoir avec le promoteur et lui dire vers quelles orientations il faut aller pour qu’un projet soit acceptable dans le Val-Saint-François.»
Le préfet de la MRC, Pierre Tétrault, ajoute :
«C’est sûr que, dans la population, il y en a qui sont contre. C’est correct d’être contre. Nous avons entendu ces gens-là et avons tenu compte de leurs appréhensions. Est-ce que ça veut dire qu’on ne fera pas de projet? Non. On va regarder l’ensemble de la population qui est d’accord. Et on va essayer de réduire l’impact et les craintes qu’il peut y avoir. Si le gouvernement décide qu’il va dans cette direction, il va y avoir des projets, de toute manière.»

Un guide inspiré de la France
Cette initiative provient de l’ancienne directrice générale de la MRC, Geneviève Giasson, qui a quitté son poste en mai. Celle-ci avait confié au Val-Ouest qu’elle s’était inspirée de pratiques européennes. «Je suis allée chercher cette idée en France, où ils ont conçu un modèle de guide. Ils ont une trentaine d’années d’avance sur nous. Notamment sur les projets éoliens et solaires.»

Acceptabilité sociale, transparence, prévention…
Le guide ne concerne pas les installations individuelles domestiques, mais plutôt les projets de plus grande envergure. Qui ont un impact au niveau collectif.
La MRC évaluera ces projets selon des principes tels que : la prévention et la précaution, la transparence et l’indépendance, la responsabilité sociale des entreprises ainsi que la participation publique et l’acceptabilité sociale.
Les futurs projets doivent aussi s’inscrire dans une optique de respect des paysages, de l’environnement et de développement durable. Et ce, en tenant compte de la compatibilité des usages. Dont la zone agricole, qui compose 82 % de la MRC. «C’est une richesse collective à préserver», soutient-on.
On tient aussi compte des impacts futurs de l’installation d’éoliennes ou d’autres ouvrages. «Dès le départ, on veut savoir ce qui se passera, dans 30 ans, avec les pales d’éoliennes ou autres», avance Martin Tremblay.
Le document n’est toutefois aucunement contraignant. «Ce guide n’est pas un règlement. On ne veut pas accélérer ou freiner des projets. Nous voulons encadrer les démarches», pointe Ana Rosa Mariscal, conseillère en communication à la MRC.

«Nous serons en avant des autres»
Le maire nouvellement élu de Saint-François-Xavier-de-Brompton, Alexandre Roy, apprécie que la MRC ait choisi de prendre les devants et de se positionner dans ce dossier.
«Avec les annonces d’Hydro-Québec, les projets vont exploser un peu partout en Estrie. Dans le Val-Saint-François, nous serons en avant des autres en ayant préparé ces éléments-là.»
Alexandre Roy indique que sa municipalité suit de près ce dossier. «Saint-François-Xavier est interpellée par ce dossier. L’ancien maire, Adam Rousseau, et la directrice générale, Jacynthe Bourget, se sont impliqués dès le départ dans la création de ce guide.»
Pour le moment, son conseil municipal n’a pas de position claire vis-à-vis d’éventuels projets.
«Nous sommes ouverts. Il peut y avoir des éléments extrêmement positifs, autant avec l’énergie solaire que l’énergie éolienne. Les échos que nous avons de nos citoyens, c’est qu’ils sont sensiblement inquiets. Il faut donc que ce soit fait dans le respect. C’est pour ça que le guide sera très utile.»

Des entreprises cognent déjà aux portes
Ce nouveau guide de la MRC du Val-Saint-François est à peine divulgué qu’il devra déjà servir de façon très concrète. En préparation de futurs appels d’offres d’Hydro-Québec, quatre entreprises sont déjà à l’œuvre depuis plusieurs mois dans le Val. Leur objectif : solliciter des citoyens et tenter de leur faire signer, à l’avance, des ententes pour l’installation d’éoliennes chez eux. Il s’agit de : BluEarth Renewables (Calgary) et Plan A (Montréal) en collaboration, Kruger Énergie (Montréal), Eolectric (Brossard) et Innergex (Longueuil).
Kruger Énergie vise des projets éoliens à Stoke et à Saint-François-Xavier-de-Brompton. Innergex lorgne du côté de Bonsecours et de Racine. Alors que BluEarth Renewables et Plan A s’intéressent au Canton de Cleveland. Quant à Eolectric, elle regarde du côté de Saint-François-Xavier-de-Brompton.

«Il voulait que je signe sur le coin de ma table de cuisine»
Geneviève Simon, nouvellement élue conseillère municipale à Bonsecours, était présente au lancement du guide. Elle a témoigné que, l’an dernier, un représentant de l’entreprise Innergex s’est présenté chez elle. «Il m’a dit que son entreprise avait un intérêt pour la région. Il voulait me montrer le potentiel financier d’avoir des éoliennes sur ma terre et souhaitait que je signe un contrat.»
Elle se dit mal à l’aise vis-à-vis de ce genre d’approche.
«Il voulait que je signe immédiatement des papiers sur le coin de ma table de cuisine. Je trouvais ça particulier comme style de vente. Je lui ai dit de revenir à une date ultérieure, en m’envoyant des documents par courriel. Pour que je prenne le temps de les analyser. Je n’ai jamais eu de nouvelles par la suite.»

Geneviève Simon dit ne pas avoir signé parce que, d’une part, elle n’avait pas eu de réponses satisfaisantes à toutes ses questions en discutant avec le représentant. Et surtout parce qu’elle voulait, au préalable, connaître le degré d’acceptabilité sociale d’un tel projet de la part des Bonsecourois et Bonsecouroises.
«J’avais un souci éthique de signer un contrat et d’imposer quelque chose aux 657 personnes de mon village. Je veux que ça se fasse dans le respect des citoyennes et citoyens. Et de la vision à long terme de la municipalité. Des éoliennes, ça peut être intéressant financièrement et économiquement pour notre village. Mais il ne faut pas que ce soit un frein, par exemple, à notre développement agrotouristique ou touristique.»
Utilisation de documents de la MRC
Dans la pochette remise par Innergex, Geneviève Simon a trouvé un document, en couleurs, avec le logo de la MRC.
«Ça faisait comme si l’entreprise était appuyée par la MRC. J’ai trouvé que c’était une façon un peu sournoise de vendre un projet. Comme je suis une personne assez critique, j’ai tout de suite compris de quoi il s’agissait. Mais une personne plus naïve pourrait croire que c’est entériné par la MRC.»

De fait, la MRC n’a jamais autorisé l’utilisation de ses documents à des fins de sollicitation, confirme Ana Rosa Mariscal.
«Nous n’encourageons pas cette façon de faire. Surtout l’utilisation de nos publications comme arguments de sollicitation. Nos publications visent à informer la population sur nos projets et nos réflexions. Il est important que nos documents soient utilisés dans leur contexte original, pour éviter toute confusion sur notre rôle et nos intentions.»
Ana Rosa Mariscal rappelle aux citoyennes et citoyens que si des situations semblables se présentent, ils peuvent s’informer et valider les informations auprès de leur municipalité et de la MRC.
Martin Tremblay ne croit pas non plus que ce soit la bonne approche.
«Ce n’est pas la façon de faire que nous privilégions dans le guide. Ce que nous voulons, c’est de la transparence. Si un promoteur veut avoir un appui, il doit tenir compte des préoccupations et des réalités du milieu. Ce sera beaucoup plus gagnant de le faire en toute transparence que par en-dessous.»
Un appel d’offres en Estrie au printemps 2026
Le vent tourne de plus en plus, au Québec, en faveur de ces énergies. Hydro-Québec a annoncé le 11 décembre dernier qu’un appel d’offres pour de l’énergie éolienne sera lancé au printemps 2026. Pour des projets un peu partout dans le sud du Québec, dont en Estrie.
La société d’État indique dans sa cartographie que, pour l’Estrie, le potentiel d’intégration d’énergie éolienne s’élève à 900 MW.
Hydro-Québec souhaite que ces nouveaux projets, de plus petite ampleur (comparativement aux grands projets dans le nord québécois), permettront de répondre à la croissance de la demande en électricité. Ceux-ci devraient être mis en service entre 2031 et 2035.

La MRC, ouverte à accueillir des projets
La MRC ne cache pas son ouverture à accueillir des projets éoliens sur son territoire. Par le biais d’une formule qui reste à déterminer. Mais qui pourrait ressembler à un partenariat public-privé, par la création d’une société en commandite. Ce qui permettrait un partage des profits entre un promoteur et la MRC. Cela, tient à rappeler Martin Tremblay, dans le «respect de la préoccupation des citoyens.»
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